Batilly, situé sur le plateau lorrain, n’est connu historiquement que depuis la période gallo-romaine. Son nom pourrait provenir de « Batiliaci villa » (la ferme de Batilius) située près de deux voies romaines importantes, de Metz à Reims avec un embranchement de Metz à Ivoy-Carignan dans les Ardennes. Cette seconde voie traverse la commune, et elle a fait l’objet de fouilles scientifiques par l’INRAP en 2015. Bien des lieux du ban communal recèlent encore des objets de cette époque, fragments de tuiles, de poteries, clous etc…

De la période médiévale, nous n’avons que peu d’informations, et il faut attendre le XIVème siècle pour trouver les traces de l’organisation féodale. Le territoire appartient à des seigneurs qui font construire une « Maison forte » et une « Chapelle castrale » au milieu de quelques maisons de paysans.

De ces deux édifices, il ne reste rien, hormis de précieuses photographies…

La Maison forte avant sa démolition en 1980 La Chapelle castrale avant sa démolition en 1898

Comme toute la Lorraine, Batilly va traverser l’histoire régionale avec ses progrès et ses drames (la guerre de Trente ans, le rattachement à la France, la période révolutionnaire, les guerres napoléoniennes…) mais rien de remarquable pour ce petit village rural de deux cents habitants…

Le premier changement important est lié à la guerre franco-prussienne de 1870-1871

La guerre follement déclarée à la Prusse le 19 juillet 1870 se terminera en janvier 1871 par l’abdication de la France. Le village de Batilly qui, avec la création des départements par l’Assemblée Constituante en 1790 était rattaché au département de la Moselle, connait une mutation extraordinaire. Conséquence de la défaite française, le territoire national est amputé de l’Alsace et d’une partie de la Moselle. Batilly est rattaché au nouveau département de la Meurthe-et-Moselle et devient un village frontière limitrophe avec la Moselle par Sainte-Marie-aux-Chênes.

De la désastreuse campagne militaire de l’été 1870 on retiendra la bataille de Saint-Privat – Gravelotte le 18 août qui engagera un valeureux régiment d’infanterie de ligne, le 94° dans la défense de Sainte-Marie-aux-Chênes et dont l’histoire sera bientôt liée à celle de Batilly.

Le village connait une expansion rapide car devenu un point frontière, un bureau des douanes s’installe, accompagné d’une brigade de gendarmerie mais c’est surtout l’arrivée du chemin de fer en 1873 sur la ligne Reims-Metz qui permet à la gare de Batilly de devenir une des trois gares frontières avec l’Allemagne.

Pendant cette période, la population double et l’activité de la commune reste importante jusqu’à la déclaration de guerre d’août 1914.

Revenons à la bataille de Sainte-Marie-aux-Chênes du 18 août 1870. Le 94° régiment d’infanterie commandé par le colonel Henri De Geslin qui avait perdu la moitié de ses effectifs le 16 à la bataille de Rezonville – Mars-la-Tour, assure la défense du village. À court de munitions et submergé par un ennemi dix fois plus nombreux, il est contraint de se replier sur Saint-Privat-la-Montagne, puis Metz. Il a retardé l’avancée prussienne, mais a perdu près de cinq cents hommes.

En 1872, le colonel De Geslin, soucieux d’honorer la mémoire de ses hommes tombés à Sainte-Marie lance le projet d’un monument commémoratif de la bataille. Ce monument érigé au centre de la ville est toujours visible. Pendant une vingtaine d’années les autorités allemandes autorisent les Français à commémorer le 18 août autour du monument, puis interdisent l’accès aux délégations patriotiques…

En 1892, Henri De Geslin, désormais général, forme le projet de créer un monument commémoratif du 94°, en territoire français, au plus près de la frontière, et ce sera à Batilly. Une souscription est lancée, et un sculpteur local réalise le monument inauguré le 18 août 1892. Des milliers de visiteurs et patriotes assistent à la cérémonie.

Carte postale du début du XX° siècle Cérémonie du 11 novembre 2022 avec le 94°RI

À partir de 1892, Batilly devient un lieu de « pèlerinage patriotique » et des milliers de visiteurs se pressent chaque 18 août à l’anniversaire de la bataille. La foule vient de loin et des trains spéciaux amènent des cohortes de « pèlerins ». Conséquence de cet afflux, la modeste chapelle du château, trop petite et délabrée ne peut suffire aux cérémonies. Elle est remplacée en 1898 par une nouvelle église de grande capacité avec un haut clocher bien visible de tous points, notamment depuis le territoire annexé.

« L’église patriotique » œuvre de l’architecte L. Lanternier   Groupe de Notre-Dame des Armées de V. Dourches  (1900)       

 
En 1911, le Souvenir Français organise le transfert des restes de trois soldats du 94° régiment d’infanterie, tués le 18 août 1870, et enterrés dans les champs au bois de Champel, puis dans le cimetière communal et enfin sous le monument de 1892, qui devient ainsi une nécropole militaire. 6 000 personnes présentes !

Le second changement important date de 1926 avec la création de la mine du Paradis…

Après la grande guerre de 1914-1918 qui affecte la commune par ses soldats morts au combat, et l’exil de sa population, la reprise économique de l’après-guerre va bouleverser la vie de la localité.

Dans la commune voisine d’Auboué, la Société de Pont-à-Mousson qui exploite une mine de fer, des hauts-fourneaux et une aciérie fait le constat que la mine d’Auboué s’épuise et que dans quinze ans elle devra cesser son activité. En conséquence elle décide d’ouvrir la concession voisine de Moineville dont elle est concessionnaire.

Le chantier de fonçage d’un puits profond de deux cents mètres et la construction des bâtiments de surface commencent en 1926. Ces installations se situent sur le territoire de la commune voisine de Moineville. Les travaux sont gigantesques car il faut relier cette nouvelle mine aux hauts-fourneaux d’Auboué par une voie ferrée, un tunnel et deux viaducs. Seul un chemin rural sépare les deux bans communaux. Si les installations industrielles sont bien à Moineville, la construction d’une cité minière se fait sur la commune de Batilly.

Une nouvelle cité sort de terre avec de jolies maisons pour les ouvriers, et lorsque la mine est reprise par SIDÉLOR en 1950, l’augmentation de la population permet la construction d’un lotissement, d’une école, d’un centre de loisirs, d’une chapelle, et d’installations sportives de grande qualité.

Les installations de surface de la mine en 1937             Un second puits est foncé en 1957                           

Le nouveau directeur de la mine, monsieur Henri Meley, grand sportif, qui deviendra le Président de la Fédération Française d’Athlétisme crée un complexe sportif près de la mine. Il fait venir des sportifs de haut niveau et en 1964 la mine du Paradis est classée l’entreprise la plus sportive de France.

Hélas, en 1981 la mine, victime de la crise de la sidérurgie qui touche toute la Lorraine, ferme ses portes.

Les installations seront démantelées. Heureusement le centre sportif est racheté par la commune qui réhabilite la tribune en 2025.

Le 12 avril 2025, la nouvelle tribune du complexe sportif Henri Meley est inaugurée en présence d’anciens sportifs de l’USB, de nombreux clubs, des associations batilloises et de la population enthousiaste.

Un dernier grand changement intervient en 1980 avec le démarrage de la SO.V.A.B

La grande crise industrielle que traverse la Lorraine dans les années 1970, incite les pouvoirs publics à réindustrialiser notre secteur qui a perdu ses mines et sa sidérurgie. L’État pousse le groupe Renault à s’installer dans le Pays-Haut pour y construire une usine automobile et absorber ainsi une main d’œuvre compétente et disponible. Le site de Batilly est retenu car il dispose de cent hectares non soumis aux contraintes minières, d’un accès à l’autoroute A4, et d’une ligne de chemin de fer.

Le projet d’usine, initié dès 1971, verra son aboutissement en 1980 lorsque la Société des Véhicules Automobiles de Batilly (SOVAB) livre son premier véhicule.

L’usine de carrosserie-montage de véhicules utilitaires, qui emploie plus de deux milles salariés, fabrique ainsi la gamme « Master » déclinée en 350 versions et qui depuis 1980 a livré 3 200 000 véhicules.

L’installation de l’usine SOVAB redynamise la commune qui peut lancer de grands projets d’équipements au profit de sa population qui s’est accrue de trois cents habitants.

POUR MIEUX CONNAÎTRE BATILLY…

Un important ouvrage de 920 pages au format A4 raconte toute l’histoire locale depuis ses origines.

Le livre en deux volumes est disponible en mairie de Batilly au prix global de 60 €.

Contact : secretariat@mairiebatilly.fr   03 82 22 64 13